Syrie : Qui veut Assad ? Qui ?

Alors que la Syrie entre dans sa cinquième année de conflit, le secrétaire d’État américain John Kerry a admis, lors d’un entretien accordé ce dimanche à CBS, que les États-Unis devront « au final » négocier avec le président syrien Bachar el-Assad. « Nous avons toujours été pour les négociations dans le cadre du processus de paix de Genève I (en 2014, NDLR)« , a déclaré le chef de la diplomatie américaine. Mais, à l’époque, « Assad ne voulait pas négocier« , a regretté John Kerry.

Après L’ONU – Selon l’ONU, Assad « fait partie de la solution »

M. Kerry a affirmé dimanche qu' »au final, il faudra négocier » avec M. Assad pour mettre fin au conflit qui a fait près de 220.000 morts en quatre ans.

Une porte-parole du Département d’Etat a toutefois précisé qu’il n’y avait eu aucune modification de la position américaine et qu’il « n’y a pas d’avenir pour un dictateur brutal comme Assad en Syrie« .

La presse officielle syrienne s’est félicitée dimanche des déclarations de John Kerry, jugeant qu’elles étaient une « reconnaissance de la légitimité » de Bachar al-Assad. « Nous travaillons avec l’opposition modérée, mais ça n’est pas tout« , a plaidé John Kerry, qui assure également « avancer sur la voie diplomatique » avec Assad. Les États-Unis, a poursuivi John Kerry, continuent certes à pilonner le groupe État dit islamique, mais leur objectif « reste de mettre fin au conflit en Syrie« .

Assad attend des « actes » après les déclarations de Kerry

Le président syrien Bachar al-Assad a appelé lundi les Etats-Unis à joindre les actes à la parole tandis que des opposants s’offusquaient après les propos de John Kerry affirmant que Washington devait négocier avec le régime.

Les alliés des Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, se sont empressés de se démarquer des propos de M. Kerry, Paris affirmant que M. Assad « ne peut s’inscrire » dans le cadre d’un règlement négocié et Londres soulignant qu’il n’avait « pas sa place » dans l’avenir du pays.

Mais à Damas, la presse a interprété ces déclarations comme un revirement de la politique américaine, même si M. Assad a souligné qu’il fallait attendre pour voir s’ils allaient être suivis d’une action concrète.

Dans son bref commentaire, M. Assad a indiqué que tout véritable changement de la communauté internationale envers le régime de Damas « devrait commencer par l’arrêt du soutien politique et militaire aux terroristes« , en référence aux rebelles syriens oeuvrant pour sa chute.

« Nous n’avons pas le choix, nous devons défendre notre patrie« , a-t-il ajouté.

« Nous écoutons toujours les déclarations. Nous devons attendre les actes et à ce moment-là on décidera« , a affirmé M. Assad à une chaîne iranienne, selon des propos reproduits par l’agence officielle Sana.

Depuis le début de la révolte en mars 2011, le pouvoir syrien a accusé les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, ainsi que les pays du Golfe et la Turquie de soutenir et de financer le « terrorisme » en Syrie, en référence à la rébellion.

Lundi, M. Assad a réaffirmé que tout changement de politique impliquait la fin de ce soutien. « Tout changement international qui intervient à ce niveau serait une chose positive s’il est sincère et effectif« , a-t-il dit.

« Au final, il faudra négocier. Nous avons toujours été pour les négociations dans le cadre du processus (de paix) de Genève I« , avait déclaré M. Kerry dans une interview diffusée sur la chaîne de télévision CBS dimanche.

Le document de Genève, rédigé à l’été 2012 entre les grandes puissances, –notamment les Etats-Unis et la Russie, qui soutient Damas– a appelé à un gouvernement de transition ayant les pleins pouvoirs, sans évoquer clairement le sort de M. Assad.

Le régime a toujours catégoriquement refusé tout départ d’Assad, alors que pour l’opposition affirme qu’il n’a aucun rôle à jouer dans l’avenir du pays.

Dans son interview, M. Kerry n’a pas évoqué l’avenir du président mais a parlé de pressions pour l’amener à la table des négociations. Washington travaille à « relancer » les efforts visant à trouver une solution politique, a-t-il précisé.

Pour Fabius, négocier avec Assad serait un « cadeau scandaleux » à l’EI

Laurent Fabius s’est vivement opposé lundi à l’idée, envisagée par son homologue américain John Kerry, de négocier avec le président syrien Bachar el-Assad. « La solution » au conflit syrien, « c’est une transition politique qui doit préserver les institutions du régime, pas M. Bachar el-Assad« , a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Fabius à l’issue d’une réunion à Bruxelles. « Toute autre solution qui remettrait en selle M. Bachar el-Assad serait un cadeau absolument scandaleux, gigantesque aux terroristes de Daesh« , a-t-il ajouté.

« Les millions de Syriens qui ont été persécutés par M. al-Assad se reporteraient pour soutenir Daesh« , a fait valoir le ministre. « C’est évidemment ce qu’il faut éviter.« 

Laurent Fabius a indiqué qu’il s’était entretenu lundi matin avec John Kerry, et que celui-ci « a assuré qu’il n’y avait absolument rien de nouveau dans la position américaine sur la Syrie« . « Dont acte« , a dit le ministre français. « Mais de toutes les manières, la France est un pays indépendant et notre politique extérieure par rapport au drame épouvantable qui se passe en Syrie n’a pas changé; » Selon lui, « la seule solution réaliste » est « une transition politique » qui doit « intégrer bien sûr l’opposition« , tout en préservant les institutions du régime. La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a pour sa part rappelé la position de l’Union européenne, indiquant que « travailler à une solution durable » au conflit syrien passait « évidemment (…) par des représentants du régime d’Assad« . « J’imagine que M. Kerry s’est exprimé dans ce sens. Je ne pense pas qu’il faisait référence à M. el-Assad lui-même« , a-t-elle ajouté.

Source : avec Afp, Reuters, Agence Sana, Washington Post