Syrie : Un rapport prouverait les meurtres et les tortures du régime syrien

D’après Larédac’ à 10h25 le 23 Janvier 2014 [mise à jour à 12h09]

Sur la base du témoignage d’un ancien geôlier, qui accuse Damas de recourir systématiquement à la torture dans ses établissements pénitentiaires, un rapport a été réalisé par trois anciens procureurs internationaux : David Crane, ancien procureur du Tribunal spécial pour la Sierra Leone, Desmond de Silva, ancien procureur en chef du Tribunal de Sierra Leone et Geoffrey Nice, ancien procureur en chef du procès de l’ex-président yougoslave Slodoban Milosevic.

Publié lundi 20 janvier par la chaîne CNN ainsi que le quotidien The Guardian, ce document de 31 pages contient, vers la fin de celui-ci, des photos horribles de corps lacérés, amaigri avec des signes de torture évidents. Ces corps montrent aussi des marques de strangulation ou encore d’électrocution, il y aussi des visages sans yeux montrant le traitement inhumain subi par les opposants du régime de Damas.

David Crane, ancien procureur du Tribunal spécial pour la Sierra Leone ne cache pas qu’il s’agit pour lui de « preuves évidentes que le régime d’Al-Assad est une machine à tuer« .

Hier, mercredi 22 janvier, le ministère syrien de la justice a affirmé que les photos qui accompagnent ce rapport étaient fausses et qu’il manquait d' »objectivité » et de « professionnalisme« . Le ministère a déclaré que ce rapport ne servait qu’à « politisé » la situation « un rapport politisé manquant d’objectivité et de professionnalisme« .

Cependant, les auteurs dudit rapport, affirment disposer de 55000 images d’au moins 11000 victimes, entre mars 2011 et août 2013, des cellules syriennes. Ces preuves viennent d’un policier militaire, espion de l’opposition. Nom de code « Caesar », l’homme a expliqué aux auteurs qu’il était photographe pour la police militaire, avant de déserter et de fuir du pays emmenant avec lui ses clichés macabres. Selon lui, il avait pour mission de photographier des cadavres, néanmoins il avoue n’avoir pas assisté aux séances de torture. Les « précieuses » images ont été ensuite transmises à un contact au sein du groupe d’opposition qui est soutenu par le Qatar. Les auteurs, qui ont rencontré l’homme à plusieurs reprises ces dix derniers jours, l’ont jugé « crédible » et sincère« .

Les auteurs déclarent que « Lorsque les détenus étaient tués, leurs cadavres étaient transportés à un hôpital militaire où Caesar était amené. Accompagné par un membre de l’administration judiciaire, il devait photographier chaque corps. Il pouvait y en avoir 50 par jour« .

Mais est-ce que ces preuves peuvent servir pour convaincre un tribunal international ? Pour les auteurs ils semblent que oui car pour eux ces preuves sont « capables de convaincre un tribunal de l’existence de meurtres et de tortures systématiques par des agents du gouvernement syrien. Cela pourrait contribuer à trouver des crimes contre l’humanité, et à étayer des accusations de crimes de guerre contre le régime syrien« . 

Selon le journal The Guardian, « L’ONU et des experts indépendants ont déjà récolté des preuves de l’abus de la part du régime et des rebelles, mais selon les auteurs du rapport, il s’agit ici de preuves plus détaillées et prouvant des crimes sur une plus grande échelle que tout ce qui a été découvert jusqu’ici« .

Un groupe de juges et de juristes seraient même déjà entrain de travailler à la conception d’une cour pour permettre aux victimes de se faire entendre et cela même si la fin du conflit syrien ne semble pas s’arrêter. Cette initiative serait une première, en effet, David Crane a expliqué à l’AFP que cela « est totalement inédit » et qu' »en général, la communauté internationale observe et attend. Une fois qu’une solution politique a été trouvée et que la tuerie s’est arrêtée, tout le monde peine à trouver la marche à suivre ».

Le rapport a été commandé par un cabinet d’avocats londonien travaillant pour le Qatar. Il est mis à la disposition de l’ONU, des gouvernements et des associations humanitaires.

La conférence de la paix pour la Syrie, qui a commencé hier mercredi à Genève, a vécu une première journée sous tension à Montreux. Le fossé demeure gigantesque entre les positions du régime syrien et celles de l’opposition en exil. Des violences ont même été enregistré en dehors des négociations où les pro-Assad et les opposants se sont fait face. Une famille a subi les violences d’un groupe de pro-Assad. Une fois les victimes à terre inerte, ces individus les auraient pris en photo, certainement pour ensuite les dénoncer aux bourreaux de Damas.

Nous avons pu nous procurer le rapport en question, il est en anglais. Nous vous le soumettons mais il est important de vous prévenir que certaines photos peuvent être choquantes donc pour public averti : http://fr.scribd.com/doc/200984823/Syria-Report-Execution-Tort


Entretien avec Ayyam Akki, activiste, pilote et conférencier syrien. Dans cet entretien, il nous parle de la situation humanitaire de la Syrie en rapportant des témoignages de hauts responsables syriens déserteurs ainsi que déserteurs au sein du régime et de l’armée. (cliquez sur la photo pour voir la vidéo)


Source : The Guardian, LeMonde, AFP