Témoignage : Youssra jeune musulmane tiraillée entre religion et désir d’apprendre

D’après Hamzatou à 15h30 le 11 Septembre 2013

REIMS (51). La loi de 2004, interdisant tout signe religieux « ostensible » dans les écoles, a souvent mis le voile au cœur des débats. Nouvel exemple avec Youssra, une jeune musulmane rémoise de 15 ans, tiraillée entre religion et son désir d’apprendre.

L’école est obligatoire jusqu’à 16 ans, tout du moins l’instruction. Ce principe, posé dès 1882, exige aujourd’hui que « tous les enfants âgés de six à seize ans, présents sur le territoire national, bénéficient d’une instruction, qui peut être suivie, selon le choix des personnes responsables, soit dans un établissement scolaire public, soit dans un établissement scolaire privé, soit dans la famille ».

Cette obligation se heurte pourtant depuis des années à la loi du 15 mars 2004 selon laquelle, en application du principe de laïcité, tout signe religieux « ostensible » est interdit dans les écoles, collèges et lycées publics.

Une loi renforcée par la mise en place depuis lundi de la première charte de la laïcité à l’école, un texte désormais affiché dans tous les établissements publics. « L’affaire du voile », comme les médias l’ont appelée, a longtemps fait débat. Elle continue d’ailleurs d’attiser les controverses. Le sujet est délicat. L’application de la loi ne s’est pas faite sans douleur, avec, conséquence directe, la déscolarisation de plusieurs jeunes filles voilées.

Youssra, une jeune rémoise de 15 ans, originaire du Maroc, tout en « comprenant et respectant cette loi de 2004 », ne cache pas son désarroi et la difficulté qui est la sienne à concilier éducation et religion. Un choix qu’elle ne veut pas faire… Et qui la contraint à une déscolarisation forcée.

Un choix de vie

« J’ai décidé de porter le voile à 11 ans et peu à peu de ne plus l’enlever. C’est un cheminement personnel. Ça fait partie de moi », affirme la jeune fille. « Je ne l’ai pas fait pour plaire à ma famille. C’est réfléchi. J’ai fait des recherches. Au départ au collège, je l’enlevais, mais ça me peinait. Le jour où j’ai décidé de ne plus l’enlever, on ne m’a plus accepté en cours. C’est un choix de ma part. Je sais que c’est interdit en classe. Mais il était impossible pour moi de l’enlever. Je souhaitais en même temps continuer mes études. J’ai donc cherché une autre alternative. »

C’est ainsi qu’en classe de 3e, Youssra a fait le choix de l’instruction familiale, à savoir une instruction à domicile pour l’année scolaire 2012-2013. Mais elle n’a pas pu bénéficier des cours par correspondance dispensés par le Cned, le centre national d’enseignement à distance, ne répondant pas aux critères réglementaires (article R. 426-2-1 du code de l’éducation), à savoir : soins médicaux en famille, situation de handicap en attente de scolarisation dans un établissement médico-social, activités sportives ou artistiques, parents itinérants ou encore éloignement géographique d’un établissement scolaire. Le port du voile ne rentre pas dans lesdits critères.

« J’ai dû me débrouiller par moi-même », explique Youssra. « Je travaillais chez moi, quatre heures le matin, deux heures l’après-midi, ou alors à la bibliothèque. J’ai recherché les programmes sur internet. J’ai fait des recherches et j’ai essayé de m’instruire par moi-même. C’est difficile et compliqué. En plus, à la maison, nous sommes six enfants. Il est difficile de se concentrer. »

Dans l’impasse

Malgré son désir d’apprendre et son sérieux, elle n’a pas su s’instruire toute seule. Lorsque l’inspecteur pédagogique est venu chez elle pour faire le point sur sa scolarisation – un contrôle obligatoire – il s’est aperçu que l’apprentissage effectué ne correspondait pas aux exigences minimales du niveau visé de la 3e générale « malgré tout le travail reconnu ».

Aujourd’hui, la jeune musulmane est dans l’impasse. Elle ne peut réintégrer une 2nde générale dans la mesure où il n’est « pas concevable » pour elle d’enlever son voile. Elle ne peut poursuivre, faute de résultats, son instruction – seule – à domicile. Elle n’a pas la possibilité d’intégrer une école coranique… La région en est dépourvue. Et, si d’autres familles ont pu se tourner vers l’enseignement privé, le plus souvent catholique, la jeune Rémoise n’a pas eu cette chance.

Sa démarche pour intégrer un lycée privé cette année s’est soldée par un échec. « On m’a répondu que j’avais eu trop d’absences lorsque j’étais en 4e… J’avais 16 demi-journées d’absences pour des cours d’EPS. Il y a certaines activités sportives que je ne peux pas faire… J’avais l’espoir de pouvoir continuer de m’instruire, mais je ne peux pas apprendre seule. »

Nous admirons le courage de cette soeur et nous espèrons qu’une solution se présentera à elle, in sha Allah, afin qu’elle puisse s’instruire et enfin avoir un peu de respect. 

Le voile, la loi et l’école :

La loi du 15 mars 2004 « encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics », appelée parfois « loi sur le voile islamique », a été votée par le parlement en mars 2004. Elle interdit le port de tout signe religieux « ostensible », ce qui inclut le voile islamique mais aussi la kippa et le port de grandes croix. La loi permet le port de symboles discrets de sa foi, tels que petites croix, médailles religieuses, étoiles de David ou mains de Fatma (bien que cette main puisse être portée indépendamment de la religion, n’étant pas de source musulmane). Le port du voile dans les écoles et administrations publiques est également interdit dans plusieurs pays à majorité musulmane, dont l’Indonésie et la Turquie. Une charte de la laïcité en outre, depuis lundi, tous les établissements scolaires publics ont obligation d’afficher dans leur enceinte la première charte de la laïcité à l’école. Une charte qui selon Vincent Peillon permet aux élèves « d’exercer leur libre arbitre » et « les protège de tout prosélytisme ». Un texte qui rappelle notamment la loi de 2004 interdisant les signes religieux ostensibles et l’obligation de se conformer au règlement intérieur. Il stipule également que les élèves ne doivent pas contester une matière au nom de leurs convictions religieuses.

Source : L’unionArdennais