Un accord sur la normalisation des liens Turco-zioniste?

La Turquie et l'administration d'occupation zoiniste sont « proches » d'un accord sur la normalisation de leurs relations diplomatiques, ou un retour à la normal, en crise depuis l'assaut des forces d'occupation zioniste contre une flottille turque à destination de Gaza en 2010, a indiqué mardi un haut responsable turc.

« Les discussions continuent. Nous sommes proches de conclure un accord mais ce n'est pas encore fait« , a commenté devant la presse ce responsable, qui s'exprimait sous couvert de l'anonymat.

Selon plusieurs médias turcs, des délégations des deux pays ont engagé ces derniers jours une nouvelle et discrète session de négociations à Genève (Suisse).

Un 2010, des commandos israéliens avaient intercepté une flottille de bateaux affrétée par une ONG turc, proche du régime de l'actuel président Recep Tayyip Erdogan, qui voulait rompre le blocus imposé à Gaza.

Relire :Erdogan versus the King Bibi

L'opération s'était soldée par la mort de 10 Turcs et par le gel des relations diplomatiques entre Ankara et l'administration zioniste.

base otan turqui
(Base de l'Otan)

Et en septembre 2011, Ankara lance contre l’administration zioniste une procédure devant la Cour internationale de justice pour contester la légalité du blocus de Gaza, ainsi que la suspension des accords militaires bilatéraux(*), qui s'élèvent à plusieurs milliards de dollars.

Base de l'OTAN

En novembre 2012, lors de l'opération des frces d'occupation zioniste « Pilier de défense » contre Gaza, Erdogan accuse l'administration zioniste de mener un « nettoyage ethnique » contre les Palestiniens.

Après plusieurs années de climat glacial, nourri notamment par une série de violentes déclarations anti-israéliennes de M. Erdogan, les liens entre les deux pays se sont réchauffés et ont permis des discussions en Suisse en décembre.

La Turquie a posé trois conditions à une normalisation: des excuses publiques pour l'incident de 2010, des indemnisations financières pour les victimes et la levée du blocus imposé par l'administration d'occupation à Gaza, contrôlé par le mouvement de résistance palestinienne « le Hamas ».

« Nous avons demandé des excuses, nous les avons eues. Sur les compensations, les négociations sont presque finies. La levée du blocus de Gaza reste notre troisième condition« , a résumé mardi dernier le responsable turc.

La semaine dernière, le quotidien Haaretz a rapporté que le ministre de la Défense de l’administration d’occupation zioniste, Moshe Yaalon, exigeait par ailleurs dans le cadre des discussions le retour des corps de deux soldats tués à Gaza pendant l'été 2014.

Les analystes et observateurs suggèrent que le désir de rapprochement manifesté par Ankara a été accéléré par la crise diplomatique qui affecte ses relations avec la Russie, avec un intérêt particulier pour les réserves de gaz israéliennes.

Relire : La Turquie risque de s’enfoncer dans le « bourbier syrien »

turquie zionisteGrave crise diplomatique ? : Les zionistes arme la Turquie ?

« Les deux pays ont fait face à une grave crise diplomatique, qui a été exploitée à l'excès par Erdogan et Netanyahou pour des raisons de politique intérieure« , explique Alican Tayla. « Mais leur alliance stratégique n'a jamais été remise en cause, notamment en raison de leurs liens réciproques avec Washington. Ankara a pour ambition de devenir l'allié incontournable des États-Unis dans la région, c'est-à-dire supplanter l'Égypte.« 

Alors que la guerre civile fait rage en Syrie, avec la « menace » de l'état dit « islamique » (EI) – et donc aux frontières du territoire sous occupation zioniste – et que la question du nucléaire iranien obsède toujours l'administration zioniste, ce cette dernière semble avoir repris contact avec son « second » allié du monde musulman (le premier étant techniquement l'Egypte) .

D'après le quotidien turc Today's Zaman, la société israélienne Elta Systems a livré en 2013 à l'industrie aérospatiale turque des équipements militaires avancés.

(Basé sur le Boeing B37-700 «Next-Generation» commercial, l’AEW& C est conçu pour fournir la surveillance de l’espace aérien et la gestion de celui-ci, grâce à son radar à balayage électronique qui retransmet à l’équipage l’ensemble des cibles aériennes et maritimes en temps réel. L’équipage de la mission peut diriger les forces offensives et défensives, tout en maintenant une surveillance continue de la zone opérationnelle.)

Le contrat, signé en 2011, s'élèverait à 25 millions de dollars. Il concernait la livraison par l'administration zioniste d'un système électronique de défense permettant aux avions turcs Awacs de se protéger contre toute tentative d'attaque électronique.

Les deux premiers équipements avaient déjà été livrés en 2011. Mais la crise naissante entre les deux pays a amené l'administration zioniste à suspendre la livraison des modèles restants. Alors que la Turquie n'a guère suspendue ses accords sur l'approvisionnement en eau à cette même administration d’occupation.

L'entremise américaine

À Ankara, on tente de minimisé tout réchauffement diplomatique avec l'administration zionise . « La Turquie a acheté l'équipement à Boeing, la société israélienne étant un sous-traitant de Boeing, cela veut dire que nous ne sommes en relation directe qu'avec Boeing et pas avec israël« , avait expliqué à Reuters un responsable du ministère turc des Affaires étrangères.

Mais, toujours selon Today's Zaman, qui site un responsable du ministère turc de la Défense, c'est Boeing, qui a fourni les avions Awacs à la Turquie, qui est intervenu auprès de l'administration zioniste afin qu'il honore la totalité de l'accord militaire dont la suspension nuisait à son activité commerciale avec Ankara.

À en croire le chercheur Alican Tayla, le geste aurait été avant tout motivé par des considérations politiques. « Les États-Unis mettent beaucoup d'énergie à tenter de réconcilier ces deux alliés stratégiques dans la région. À leurs yeux, il est important qu'un pays musulman soutienne israël dans la région. D'autre part, la Turquie peut jouer un rôle important dans la résolution du conflit » – palestino-israélien -…

Sources : AFP, Reuters, Today's Zaman, L'Orient le Jour….

(*) En 1996, la Turquie et l'administration zioniste, « l’ennemi » syrien de toujours, en sont venus à signer un accord militaire concernant entre autres l’entraînement des forces de l'administration zioniste en sol turc. Bien que cette entente ne fut pas considérée comme un accord formellement dirigé contre un État tiers en particulier, tous s’entendaient pour dire que cette alliance était dans le but d’envoyer un signal à la Syrie concernant ses politiques allant contre la Turquie, entre autres celle visant la promotion et le soutien du PKK. Cette nouvelle alliance rapprochait ainsi les deux plus importantes forces militaires de la région, permettant par le fait même à la Turquie de renforcer ses capacités en matière technique et de savoir-faire militaire, de même que de trouver une source alternative à son système de défense intérieure.

Lire : Réactions suite à l’annonce de la condamnation à mort de Mohammed Morsi

Il va sans dire que cette alliance fut très mal reçue de la part de la Syrie qui voyait l’entente comme étant un affront à la population arabe de la région. Alors que la Syrie de De Hafez à Bachar (lire 5.1 / partie 5.2 & écouter 5.1 et 5.2 ) n'a fait que jouer le statu quo sur le Golan et l'occupation zioniste en Palestine. Pour les autres pays « arabes » de la région, le fait que l'administration zioniste s’implante de la sorte, avec un support Turque comme base arrière, dans le nord du Proche-Orient à fait que la Turquie est ainsi perçu comme la traîtresse. Et plus particulièrement l’Iran, qui partage également ce point de vue.

Référence : Sabri SAYARI, « Turkish foreign policy in the post-Cold War era : The challenges of multi-regionalism », (2000)

Bernadette D’ARMAILLÉ « L’eau : Un levier de puissance pour la Turquie » (2002)