Vis ma vie à la mosquée

D’après Kaï à 16h38 le 01 Septembre 2014

En illustration : La mosquée de Yahya au Château Blanc à Saint-Étienne du Rouvray

N’ouvre la bouche que si tu es sur que ce que tu vas dire est plus beau que le silence.

Proverbe arabe

ATTENTION : Les faits de récit ayant existé, toute ressemblance avec la réalité est tout à fait volontaire 😉

Ramadan terminé, vacances oubliées, permettez moi de faire un petit retour en arrière de quelques semaines, lorsque nous étions encore en pleine ferveur de ramadan.

Ah le ramadan ! Ce mois sacré durant lequel on multiplie les actes d’adoration, ce mois où les mosquées ne désemplissent pas…

En parlant de mosquée, je ne sais pas vous, mais moi avant d’y aller, j’imaginais un endroit silencieux, calme où l’on médite ; où les fidèles redoublent de précaution et de respect…

En théorie c’est vrai mais parfois la réalité est un peu différente.

Un soir, je me suis rendue à la mosquée pour prier tarawih, une femme arriva, salua une autre femme et demanda des nouvelles de la famille (vous savez le traditionnel : la santé ça va ? Le travail ça va ? Les enfants ça va ? …) en moins de 5 minutes on avait appris que le fils travaillait à Paris, que la fille s’était mariée – TbarkAllah etc etc …

Vous avez dit calme et sérénité ?

Mais la scène qui m’a le plus surprise a eu lieu pendant laylat al qadr (la nuit du destin).

Vous le savez aussi bien que moi, en cette nuit sacrée, les mosquées sont pleines ; et cette année, celle que je fréquentais ne faisait pas exception à la règle. Il y avait tant de monde que nous avions dû prier dehors.

Il y avait ce groupe de filles qui n’ayant pas trouvé de place pour prier décide de discuter entre elles en plein milieu des fidèles en prières. Nous avions dû leur demander d’aller discuter un peu plus loin.

Puis arriva cet instant où l’imam interrompt momentanément les prières ; et là si vous voulez vous recueillir, méditer ou faire des invocations je vous souhaite bon courage.

C’est surprenant ! On parle, on rit, on crie même. J’avais l’impression d’être au marché.

À ce moment, mes amies me proposèrent de poursuivre dans une autre mosquée.

Nous arrivons, changement radical : il y a peu de monde, l’endroit est calme.

Devant moi deux femmes quittent leur rang, je m’avance donc pour combler le vide et serrer les rangs.

Aie Aie grave erreur.

Quelques minutes plus tard une des 2 femmes revient (bah oui je suis bête j’aurais dû le deviner 🙂

Bien décidée à récupérer SA place, elle me balance un coup d’épaule (elle doit être rugbywoman) qui m’envoie dans les bras de la dame à ma droite qui, vu son regard, n’a pas apprécié que je me jette dans ses bras pendant qu’elle prie. Pardon !

Je reprends mes esprits et continue de prier quand la 2ème femme (visiblement la fille de la rugbywoman) veut elle aussi reprendre sa place – aidée de sa maman – dans un rang déjà complet.

Vous avez déjà fait un puzzle ? Vous savez quand la pièce ne veut pas rentrer dans l’emplacement et que vous forcez ?

Ce ne sont là que quelques exemples, mais ne croyez pas que c’est réservé aux femmes ; mon père m’a raconté qu’un vendredi, l’imam s’est permis de faire une parenthèse pour rappeler la situation de nos frères palestiniens et demander de ne pas les oublier etc … un homme l’a alors interrompu en ces termes : « Eh t’as pas bientôt fini ? Jsuis pressé moi »

Ces anecdotes sont bien réelles, vous en avez sûrement vécues certaines ; et encore, je n’ai pas abordé les téléphones qui sonnent, les femmes qui nous crient dessus pour compléter les rangs et celles qui crient parce qu’elles ne veulent pas bouger …

Loin de moi l’idée de vouloir juger quiconque mais n’oublions pas mes sœurs, les mosquées sont les maisons d’Allah -azawajal – nous nous devons de les respecter.

Rappelons nous ce hadith :

Sa’ib ibn Yazid (qu’Allah l’agrée), le Compagnon, rapporte : J’étais à la mosquée lorsqu’un homme me jeta du gravier. Je levais les yeux et vis qu’il s’agissait de ‘Omar ibn al-Khattab qui me dit : « Va me chercher ces deux-là [me parlait de deux hommes présents dans la mosquée] ! » Je fis venir les deux hommes et il les questionna : « D’où êtes-vous ? » – « Nous sommes de Ta’if, répondirent-ils. » ‘Omar reprit alors : « Si vous étiez des habitants de cette ville (Médine) , je vous aurais fait battre car vous élevez la voix dans la mosquée du Prophète. » [Bukhari]

Malgré tout mon plus beau souvenir reste la prière de l’aïd : les gens joyeux qui s’embrassent, se félicitent et se souhaitent bonne fête.

Voilà la vraie image de notre oumma : elle est belle, unie et chaleureuse.