Wai Wai Nu, le courage d’une militante Rohingya

D’après Larédac’ à 18h36 le 11 Septembre 2014

Wai Wai Nu, à 27 ans, l’activisme pro-démocratie a déjà passé un quart de sa courte vie derrière les barreaux.

L’ancienne prisonnière politique travaille actuellement pour mettre fin à la persécution que subit son peuple, les « apatrides » de la minorité musulmane : les Rohingya dans l’ouest du Myanmar (Birmanie) . – environ 1,33 millions de Rohingya vivent principalement dans l’État de Rakhine. la plupart se voient refuser la citoyenneté malgré la preuve évidente de leur vécu en Birmanie depuis des siècles… (http://tousensemblepouravancer.blogspot.fr/search/label/Histoire%20des%20Rohingya)

Les mauvais traitements qu’elle et sa famille ont subis ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres, des abus visant les Rohingya. 

Wai Wai est une des femmes les plus courageuses, sincère et clairvoyante sur le Myanmar, elle travaille et focalise sa lutte contre les idées extrémistes qui ont tendance à dominer le dialogue sur l’intolérance religieuse, les violences communautaires et ethniques .

Que la discussion porte sur le droit des Rohingya ou le droit aux femmes d’épouser l’homme de leur choix, ou que les moines et les nationalistes bouddhistes qui ont alimenté les tensions entre bouddhistes et musulmans, wai wai est de tous les combats.

« En ce moment, les bouddhistes ont de plus en plus peur des musulmans et vice-versa. Tout le monde se sent en insécurité, » déclare-t-elle à Reuters dans son bureau, peu meublé au sommet d’un immeuble de six étages à Rangon.

« Il y a peu de contacts, plus de confiance et de relation entre les communautés en ce moment, donc il est facile pour un agent provocateur d’alimenter la haine et provoquer des émeutes.« 

Les ambitions de Wai Wai sont sur du long terme : la coexistence pacifique des différents groupes au Myanmar, en particulier dans son état d’origine : le Rakhine, également connu sous le nom d’Arakan, et mettre fin à l’injustice globalement et en particulier celle que subit son peuple.

« Nous aimerions que l’État de Rakhine devienne un État juste, développé et prospère pour tout le monde, indépendamment de leur race ou de leur religion« , ajoute-t-elle.

Son organisation : « Women Peace Network Arakan » (le Réseau des Femmes pour la Paix dans l’Arakan), organise des formations pour promouvoir une meilleure compréhension entre les communautés. Elle est également l’une des rares à plaidoyer pour les droits des femmes Rohingya, qui souffrent de multiples discriminations.

LA CASSE PRISON

Wai Wai avait 18 ans, alors qu’elle avait entamé des études de droit. Elle a été contrainte de les arrêter en 2005.

Son crime était d’être la fille de Kyaw Min, un Rohingya qui a été élu en tant que membre du parlement lors des élections de 1990, dont les résultats ont été ignorés par les dirigeants militaires du Myanmar.

Son père, ancien enseignement, de l’État dans Buthidaung, dans le nord de l’État de Rakhine, a également été membre du Comité représentant le Parlement du Peuple, un groupe élu, durant le scrutin de 1990 conduit par « le Prix Nobel de la paix » Aung San Suu Kyi (qui reste bien silencieuse et timorée face à ce que subit les Rohingya…) .

Sa famille avait déménagé à Rangoon au début des années 1990 après que son père ait subi des harcèlements répétés des autorités. 

Plus d’une décennie plus tard, toute la famille a été arrêtée – Kyaw Min en premier puis le reste de la famille deux mois plus tard – 

Il sera inculpé, en vertu de la loi sécurité et immigration de l’État. Les activistes disent que la junte a voulu faire taire le champion du droit du travail qu’était Kyan Min.

« Depuis que je suis jeune, je voulais comprendre le droit, afin de donner un sens aux injustices qui se produisaient et se perpétuaient dans le pays, » rappelle  Wai Wai.

« Lorsque nous avons été emprisonnées, ma mère m’a dit, -‘ Eh bien c’est maintenant l’occasion de le faire dans le vrai, de façon la plus pratique’-, « donc je suppose que j’ai eu la chance » réplique-t-elle en riant.

Le procès a eu lieu à huis clos, sans leur avocat, et le juge a refusé de les écouter, dit-elle. 

Son père ; Kyaw Min avait été condamné à 47 ans de prison, et le reste de la famille – la femme, deux filles et un fils – à 17 années chacun.

« Nous avons été choqués en silence. Mon père avait déjà 60 ans« .

« Je me souviens, m’être retournée vers le juge et lui dire: « Merci pour la peine. Notre grand-mère a vécu une très longue vie, nous serons tenir. » 

« J’ai aussi dit à mon père de ne pas se sentir mal« , ajoute-t-elle.

« Je n’ai fondu en larmes qu’une fois rentré dans ma cellule« , a-t-elle ajouté – perdant son sang-froid pour la première fois et essuyant les larmes de ses yeux.

LES ANNÉES EN PRISON

Wai Wai a passé sept ans dans la prison d’Insein, tristement célèbre pour son régime sévère et des conditions sordides.

Elle a connu l’angoisse de l’emprisonnement, et selon elle, la chose la plus difficile a été de s’occuper l’esprit. 

Une des façons pour y remédier a été de parler à d’autres femmes détenues. La plupart ont été arrêtées pour prostitution, l’exploitation d’entreprises de jeu, à petite échelle, ou trafique de drogues. 

« Elles étaient très jeunes. Certains étaient même plus jeunes que moi », déclare Wai Wai.

« Elles ont dû faire ces activités parce qu’il n’y a pas d’autre choix. Est-ce leur faute, avaient elles d’autres possibilités ?« 

Entendre leurs histoires, l’a transformé en féministe et lui a donné envie d’aider les femmes marginalisées, explique-t-elle. 

« Je ne pouvais pas me vautrer dans l’apitoiement sur soi après les avoir rencontrées. la prison d’Insein a été mon université sur la réalité de la vie. » 

Pourtant, les privations durant ses années en prison ont laissé des traces sur toute la famille.

La santé de son père s’est détériorée et sa sœur a contracté une maladie du foie qui l’a presque tuée.

Tous les membres de la famille ont été libérés en Janvier 2012, avec des centaines d’autres prisonniers politiques, sous le nouveau gouvernement du président Thein Sein, qui a pris le pouvoir en 2011 et a entrepris une série de réformes politiques et économiques.

Parmi celles-ci les conditions pour les Rohingya dans l’État de Rakhine, cependant, ils n’ont fait que s’aggraver.

CONDITION D’APATRIDE

Kyaw Min a remporté les élections de 1990 en tant que politicien Rohingya. Le terme a toujours été débattu, mais cela n’avait pas l’implication ni l’ampleur politique qu’il y a maintenant, aggravée après des affrontements religieux en Juin et Octobre 2012 où plus de 140.000 personnes se sont retrouvés sans abri, et bien sûr principalement des Rohingya. 

Le gouvernement birman utilise l’expression « Bengalis » pour désigner les Rohingya, ce qui implique qu’ils sont des immigrants illégaux du Bangladesh voisin.

« Les Rohingya on toujours mené une vie digne. Ils n’étaient pas des apatrides. Mes parents, grands-parents et arrières grands-parents étaient des citoyens« , a déclaré Wai Wai. (http://tousensemblepouravancer.blogspot.fr/search/label/Histoire%20des%20Rohingya)

Une loi sur la citoyenneté adoptée en 1982, a retiré la citoyenneté aux Rohingya, et a imposé des restrictions sur les déplacements, sur l’éducation et l’emploi, explique-t-elle.

« Ne pas avoir cette petite carte d’identité affecte l’ensemble de la communauté. Cette loi permet toutes les violations aux droits fondamentaux de l’homme et enlève la dignité et le bien-être mental des gens« , déclare Wai Wai.

Le 15 septembre, le premier forum mondial sur les apatrides s’ouvre à La Haye, en se concentrant sur les 10 millions de personnes apatrides dans le monde. Wai Wai espère qu’ils soulèveront la question des Rohingya.

« Comment se fait-il que nos pères étaient au service du gouvernement et capables de se présenter et de gagner des élections, et que cela ne soit plus possible de notre temps ? » demande-t-elle.

Elle accuse la perception négative à l’égard des Rohingya – avec la construction de stéréotypes d’un groupe polygame et criminel – construis sur plusieurs décennies de propagande par l’armée.

L’Organisation des Nations Unies a déclaré les Rohingya sont « presque sans soutiens » parmi les autres communautés ethniques et religieuses du Myanmar. Même les militants des droits de l’homme, y compris Aung San Suu Kyi, ont échoué (par peur et/ou par désintérêt) à prendre la parole au nom de Rohingyas.

« Nous aussi nous avons sacrifié beaucoup de choses pour la même cause – la démocratie – et nous aussi, nous travaillons pour un avenir meilleur pour notre pays« , a déclaré Wai Wai.

« Donc, ça fait vraiment mal quand, on entend les défenseurs des droits de l’homme dire que les Rohingya ne devraient pas avoir de droits. Mais alors, notre histoire a été effacée par la junte, alors ce n’est pas de leur faute. C’est la faute de tout le système, » a-t-elle ajouté.

Source : avec Reuters, RB News, The Star (journal britannique)