Washington et Moscou annoncent un cessez-le-feu en Syrie?

Un accord de cessez-le-feu entrera en vigueur en Syrie le samedi 27 février à minuit, heure de Damas (2 heures GMT). durent le lapasse de temps combien de victimes encore?

 

Le département d’État à Washington a diffusé le communiqué établi après l’accord entre les États-Unis et la Russie.

 

Cette interruption des hostilités – qui ont fait des dizaines de milliers de morts et des millions de réfugiés depuis cinq ans – ne concernera toutefois pas l’état dit « islamique » (EI) et le Front Al-Nosra, qui serait la branche du réseau « d’Al-Qaïda » en Syrie.

 

« La cessation des hostilités s’appliquera aux parties prenantes (Gouvernement Assad, les rebelles et d’autres insurgés )au conflit syrien qui ont indiqué qu’elles respecteront et appliqueront les termes » de l’accord, précise en effet le communiqué. Ces parties ont jusqu’au 26 février 12 heures, heure locale (14 heures GMT), pour faire part, aux États-Unis ou à la Russie, de leur adhésion à cet accord.

 
À Riyad, où des groupes clés de l’opposition syrienne étaient de nouveau réunis lundi 22 février, un porte-parole du Haut Comité des négociations (HCN) a indiqué que « les rebelles (étaient) en train d’étudier l’accord (de cessez-le-feu) ».

 

« Nous en discutons avec l’envoyé spécial américain pour la Syrie, Michael Ratney », a affirmé Riad Naasan Agha. De son côté, le secrétaire général de l’ONU a salué l’annonce américano-russe comme un « signe d’espoir pour la population syrienne ».

 

Lire : Bombardements turcs au nord d’Alep / Turquie et l’Arabie : un rapprochement de circonstance ?

(Le coordinateur de l'opposition syrienne, Riad Hijab à Londres le 10 février 2016 / AFP)
(Le coordinateur de l’opposition syrienne, Riad Hijab à Londres le 10 février 2016 / AFP)

L’opposition syrienne va accepter « sous conditions » le cessez-le-feu

 

Le HCN « accepte de répondre positivement aux efforts internationaux visant à instaurer un cessez-le-feu » en Syrie mais précise que « son engagement est conditionné » à la levée des sièges des villes syriennes, la libération des prisonniers, l’arrêt des bombardements des civils et la livraison d’aide humanitaire.

 

 

 

Selon ce communiqué du HCN, qui était réuni lundi à Ryad, le cessez-le feu « doit être annoncé simultanément par toutes les parties ».

 

Relire : Les rebelles et le régime ont conclu un accord sur le retrait des insurgés de Homs

 

Riad Hijab, chef du HCN cité dans ce communiqué, a dit douter que le régime et ses alliés « s’engagent à arrêter leurs actes hostiles ».

 

« La cessation des hostilités s’appliquera aux parties prenantes au conflit syrien qui ont indiqué qu’elles respecteront et appliqueront les termes » de l’accord, ajoute le communiqué.

 

 

Une annonce faite quelques heures après des attentats meurtriers

 
au moins 46 morts dans un double attentat à HomsCette proposition de trêve intervient près de trois semaines après l’échec de négociations de paix inter-syriennes à Genève et au lendemain d’une vague d’attentats revendiqués par l’EI, à Homs contre des alaouites, et près de Damas contre des chiites, deux communautés « mécréantes » à ses yeux.

 

Le double attentat-suicide perpétré à 400 mètres du mausolée de Sayeda Zeinab, honni par les insurgés – désignes de « djihadistes »-  sunnites et lieu sacré à défendre pour les chiites, a fait 134 morts, dont 97 civils selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

 

Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier depuis le début en mars 2011 du conflit en Syrie, qui a fait plus de 260 000 morts et poussé à la fuite plus de la moitié de la population du pays. Il a été mené quelques heures après une double attaque à la voiture piégée, également revendiquée par l’EI, dans un quartier à majorité alaouite à Homs, qui a fait 64 morts selon l’OSDH.

 
L’état dit « islamique » (EI) est en guerre contre les alaouites, communauté issue du chiisme et à laquelle appartient le président syrien Bachar el-Assad, et contre le Hezbollah libanais et l’Iran chiites, venus prêter main-forte au régime syrien. Par cette double opération sanglante et en coupant, lundi avec d’autres djihadistes une route vitale permettant au régime d’accéder à la ville septentrionale d’Alep, l’EI a voulu montrer que ses récents revers face à l’armée et aux Kurdes n’avaient pas entamé sa capacité d’action.

 

D’après le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane, les combattants d’état dit « islam » (EI), visés à la fois par les frappes de la coalition internationale menée par les États-Unis et par les raids russes, « veulent envoyer un message pour montrer qu’ils sont toujours puissants malgré les frappes ».

 

L’état dit « islamique » a par ailleurs libéré les 42 derniers des 220 chrétiens assyriens qu’il avait kidnappés en février 2015 lors d’une attaque dans l’est du pays, selon l’Observatoire assyrien des droits de l’homme.

 

La Russie a promis samedi de continuer à aider Damas à combattre les groupes « terroristes » en Syrie, alors que l’opposition réclame comme condition à une trêve temporaire l’arrêt des opérations des alliés du régime.

 

 

La Russie promet de continuer à combattre les « terroristes » en Syrie

Moscou, qui soutient une participation des Kurdes syriens à des négociations de paix, a présenté vendredi devant le conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution visant à faire cesser les opérations turques en Syrie, mais celui-ci a été rejeté.

 

Avion russes vise samedi positions AFP
« Le Kremlin est préoccupé par la montée des tensions à la frontière syro-turque », a indiqué le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, en qualifiant d' »inacceptables » les tirs d’artillerie turcs.

 

Lire : La Turquie poursuit ses bombardements et les Kurdes avancent malgré ça

Samedi, Ankara a encore bombardé des positions kurdes dans le nord de la province septentrionale d’Alep, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

 

La Turquie considère les milices kurdes syriennes comme des organisations « terroristes », proches du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène depuis 1984 une rébellion meurtrière sur le sol turc.

 
Les Occidentaux, notamment l’Union européenne et Washington, tout comme Ankara –qui soutiennent la rébellion syrienne– exhortent de leurs côtés la Russie à cesser ses bombardements en appui au régime qui visent selon eux en premier lieu l' »opposition modérée ».

 

Lire : L’Oncle Tom demande à l’Ourson d’arrêter ses frappes

 
Mais M. Peskov a prévenu à cet égard que la Russie, qui a lancé sa campagne de raids aériens fin septembre, allait continuer d’aider Damas à combattre les « terroristes ».

 

Syria Homs - MapLes premières victimes du conflit sont les civils

 

Le conflit en Syrie, qui va entrer le mois prochain dans sa sixième année                                           .

 
Pour la Russie, alliée indéfectible du régime Assad, les attentats de l’État terroriste n’ont d’autre objectif que de torpiller « les tentatives pour trouver un règlement politique de long terme à la crise (…) et les efforts pour mettre fin au bain de sang ».

 

Dans un communiqué, les Affaires étrangères russes ont souligné la nécessité de « solidement bloquer » les tentatives de l’EI, d’Al-Nosra et « d’autres groupes terroristes » « d’aggraver encore la situation en Syrie » et dans les pays voisins en provoquant des tensions confessionnelles.

 

A lire : Bachar al-Assad déterminé à reconquérir toute la Syrie…

Tous les efforts en vue d’un cessez-le-feu ont jusque-là échoué, les multiples protagonistes sur le terrain voulant à tout prix éliminer l’un l’autre, en plus des profondes divisions internationales et de la montée en puissance de l’EI et d’Al-Nosra. Une trêve censée entrer en vigueur vendredi dernier conformément à un accord international parrainé par Moscou et Washington avait ainsi été complètement ignorée.

 

Pour sa part, la Commission d’enquête de l’ONU dans son dernier rapport, remis lundi 22 février, a recommandé de faire de la justice un élément essentiel du processus de paix pour ce pays en guerre. « Alors que la guerre entre dans sa sixième année, les atrocités sont omniprésentes et persistantes », peut-on lire dans le document. « Les premières victimes » restent les civils, qui sont souvent la cible d’attaques délibérées par l’ensemble des belligérants.

 

Déclenché par une répression brutale de manifestations pacifiques pro-réformes, le conflit en Syrie s’est transformé en guerre complexe impliquant des puissances internationales et régionales, qui a provoqué un désastre humanitaire.

 

 

Sources : Afp, reuters, L’Orient le Jour, NY Times, OSDH, Agence Sana, Russia Today