Yémen : Le Premier ministre a démissionné après que les rebelles chiites aient pris le gouvernement

D’après Larédac à 09h30 le 23 Septembre 2014

Le Premier ministre Mohamed Basindawa a démissionné après que les rebelles chiites ont pris le contrôle du siège du gouvernement. Depuis quelques jours les combats s’intensifient au Yémen. Après avoir paralysé l’aéroport de Sanaa, les insurgés chiites avaient attaqué la télévision d’État. Les autorités yéménites avaient alors décrété un couvre-feu nocturne samedi dans le nord de la capitale en proie à des combats meurtriers entre rebelles chiites et combattants sunnites. Le président Abd Rabbo Mansour Hadi, cité par les médias, a qualifié de « tentative de coup d’État » l’offensive des rebelles d’Ansaruallah à Sanaa où les heurts avec les combattants du parti al-Islah épaulés par l’armée ont fait depuis jeudi des dizaines de morts dans les deux camps et une vingtaine de morts civil.

Instabilité et tribalisme : vers une guerre civile ?

Ces événements font suite à une intensification des heurts qui se poursuivaient samedi soir entre les rebelles du groupe d’Ansarullah et les combattants sunnites malgré les efforts de l’ONU pour une trêve. Les combats ont provoqué la suspension depuis vendredi des vols des compagnies étrangères à l’aéroport de Sanaa, ainsi que la fermeture des écoles jusqu’à nouvel ordre et des universités jusqu’à la mi-octobre. Le plus grand marché de la capitale, le souk Ali Mohsen, est fermé depuis trois jours, ce qui commence à affecter l’approvisionnement en fruits et légumes, selon les habitants restés terrés chez eux

Durant les combats, le campus d’une université a été touché par des obus, de même qu’un hôpital. Le siège de la télévision publique, situé dans la zone des combats, a été de nouveau samedi soir la cible de tirs, provoquant la suspension pendant une heure des émissions des trois chaînes de la télévision. 

Les animateurs de ces stations ont indiqué à l’antenne qu’ils étaient la cible de tirs nourris des rebelles. Ils ont appelé à l’aide en indiquant que plusieurs employés avaient été blessés et que les rebelles empêchaient les secours de les évacuer. Une partie du siège de l’audiovisuel public a pris feu, selon des témoins. La reprise des émissions s’est faite d’un autre siège des télévisions publiques, selon des responsables. M. Hadi a, lors d’une rencontre avec des ambassadeurs arabes, vu dans les tirs contre le siège de la télévision publique, qui avait interrompu également vendredi brièvement ses émissions, et d’autres installations publiques, l’illustration d’une « tentative de coup d’État ». Depuis plus d’un mois, les rebelles qui contrôlent la région de Saada (nord) campent avec leurs partisans dans et autour de la capitale pour réclamer l’éviction du gouvernement accusé de corruption, un droit de regard sur la nomination des ministres et un accès à la mer. 

Soupçonnés de vouloir élargir leur zone d’influence dans le futur État fédéral qui doit compter six provinces, les rebelles – dits Houthis – apparaissent plus que jamais décidés à en découdre avec leur rival d’Al-Islah qu’ils accusent d’avoir tenté de s’implanter dans leur fief, à Saada. Ils cherchent aussi à capitaliser sur leur succès militaire pour obtenir satisfaction complète à leurs demandes auprès du pouvoir qui semble incapable, du moins pour le moment, à contenir leur offensive. Les rebelles avaient rejeté en août une proposition du président Hadi portant sur la nomination d’un nouveau Premier ministre et la réduction d’une augmentation controversée des prix du carburant, deux de leurs principales revendications.

L’émissaire de l’ONU, Jamal Benomar, qui négocie un cessez-le-feu, a regagné vendredi soir Sanaa en provenance de Saada sans être parvenu à obtenir un accord de trêve. « J’ai tenté de réduire l’écart entre les deux parties et on est tombé d’accord sur un nombre de points pouvant servir de base à un accord » de cessez-le-feu, a dit M. Benomar après trois jours de discussions avec le chef de la rébellion, Abdel Malek al-Houthi. Aucune indication n’a été donnée sur d’éventuelles nouvelles négociations. 

Le Yémen est englué dans la crise depuis le départ en février 2012 de l’ancien président Ali Abdallah Saleh, après onze mois de contestations de rue. Pays très pauvre de la Péninsule arabique, il fait aussi face à l’agitation de séparatistes dans le Sud et à des violences endémiques provoquées par al-Qaida. Les houthis sont issus du zaïdisme, une branche du chiisme majoritaire dans le nord du Yémen, alors qu’à l’échelle nationale, les sunnites sont prédominants. 

Source : avec Afp (photo), Reuters, RFI,  Agence Saba, L’Orient le Jour, agences Saba