Yémen : Revirement, coup de force, enlèvement, le chaos continue

D’après larédac à 10h30 le 26 Février 2015

Le président revient officiellement sur sa démission

Le président yéménite Abd Rabbo Manour Hadi, retenu un temps à Sanaa mais désormais libre de ses mouvements et protégé par ses partisans à Aden (sud), revendique son statut de chef d’Etat légitime face à la milice chiite qui contrôle la capitale, au risque d’accentuer les divisions.

Dès son arrivée à Aden, il a déclaré assumer ses fonctions et a qualifié de « nulles et non avenues » toutes les mesures prises par les Houthis.

Le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi (qui est originaire du sud du pays) a fait volte-face et est officiellement revenu sur sa démission après avoir échappé à la surveillance de la puissante milice chiite qui l’avait assigné à résidence dans la capitale, a indiqué mardi un de ses assistants.

M. Hadi avait démissionné en janvier après plusieurs jours d’affrontements dans la capitale Sanaa, au cours desquels la milice chiite des Houthis avait pris d’assaut le palais présidentiel et encerclé sa résidence.

« Je voudrais vous informer que j’ai retiré la démission que j’ai présentée à votre Parlement distingué« , écrit M. Hadi dans une lettre à l’assemblée.

Dans cette missive, dont le texte a été vu par l’AFP, le président a appelé les députés à coopérer avec lui pour « sauver ce qui peut encore être sauvé et normaliser la situation sécuritaire et économique dans toutes les provinces » du Yémen.

M. Hadi a également appelé les ministres du gouvernement démissionnaire à « se rendre immédiatement à Aden pour se réunir« , a indiqué un de ses assistants.

Le Premier ministre Khaled Bahah avait démissionné au même moment que le président. Il reste assigné à résidence à Sanaa, tout comme des ministres et d’autres responsables gouvernementaux.

Lundi, la milice chiite des Houthis avait exigé des membres du gouvernement démissionnaire qu’ils gèrent les affaires courantes, sous peine d’être traduits en justice pour « trahison« .

Venus du nord, les Houthis étaient entrés dans Sanaa en septembre et avaient progressivement renforcé leur emprise sur la capitale.

Ils avaient tenté d’avancer vers l’ouest et le sud, mais avaient fait face à une forte résistance de tribus sunnites et de combattants d’Al-Qaïda.

Six monarchies sunnites du Golfe – Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Oman, Qatar, Koweït – ont salué la fuite de M. Hadi de Sanaa, évoquant « un pas important qui affirme sa légitimité« .

Enlèvement d’une jeune Française à Sanaa

Une jeune ressortissante française, Isabelle Prime, employée d’une société de conseil américaine, a été enlevée mardi à Sanaa au Yémen, ont annoncé à Paris les autorités françaises en réclamant sa libération « dans les meilleurs délais« .

« Nous demandons que sa libération intervienne dans les meilleurs délais, nous cherchons à la localiser« , a déclaré le président François Hollande à la presse.

L’employeur de la Française de 30 ans, Francisco Ayala, président de Ayala Consulting, basée dans la banlieue de Miami (Floride, sud-est) et en Equateur, a indiqué qu' »Isabelle était la dernière » des expatriés de sa société encore au Yémen et qu’elle « devait partir dans quelques jours« .

Selon M. Ayala, elle se rendait en voiture à son travail avec une accompagnatrice yéménite quand son chauffeur a été arrêté par des hommes habillés en policiers.

Selon de premières informations, la jeune femme aurait travaillé pour la Banque Mondiale, ce que l’institution a ensuite démenti. Les « deux femmes travaillent comme contractuelles pour une société de conseil, elle-même sous contrat du Social Welfare Fund qui développe un projet financé par la Banque Mondiale« , a indiqué l’institution financière basée à Washington.

« Tout s’est passé très vite »

L’employeur de la jeune Française a raconté que « tout s’est passé très vite« . « Deux voitures ont arrêté la nôtre, ces gens étaient habillés en policiers« , a-t-il ajouté.

La voiture a tourné dans la ville puis le chauffeur a été libéré et a prévenu les autorités. Selon lui, les ravisseurs ont voulu libérer l’accompagnatrice mais cette dernière a refusé pour rester avec la Française, a encore dit M. Ayala.

« Il y a des contacts. Nous ne sommes pas informés, le ministère de l’Intérieur (yéménite) s’en occupe, on attend« , a-t-il ajouté.

Selon le site d’Ayala Consulting, Isabelle Prime est consultante spécialisée en développement durable et en communication. Elle avait auparavant travaillé en Jordanie et en France dans les télécommunications et l’assainissement de l’eau.

Selon une source des services de sécurité yéménites, la jeune femme a été enlevée dans la matinée dans le centre de Sanaa, par des hommes armés non identifiés, alors qu’elle et son accompagnatrice se trouvaient à bord d’un taxi. Elles ont été conduites vers une destination inconnue, selon la même source.

« Tous nos services sont mobilisés pour localiser et obtenir la libération rapide de notre compatriote« , a assuré dans un communiqué le ministère français des Affaires étrangères, qui avait appelé début février les Français à quitter ce pays en proie à des troubles « dans les meilleurs délais« . « Le centre de crise du Quai d’Orsay est en contact avec sa famille« , a ajouté le ministère.

La capitale du Yémen est actuellement contrôlée par les miliciens chiites Houtis.

Début février, la France et d’autres pays occidentaux avaient fermé leurs ambassades et les intérêts français au Yémen avaient été pris en charge en début de mois par la représentation marocaine dans le pays. Mais depuis le Maroc s’est aussi retiré du Yémen et Paris étudie les possibilités de représentation, selon des sources diplomatiques.

Source : avec Afp, Reuters, Agence Sanaa, Arab Newsnetwork, l’orient le Jour, Rfi