Yémen : Un nouveau gouvernement mis en place, les rebelles chiites n’en veulent pas

D’après Larédac à 16h26 le 09 Novembre 2014

Le Yémen s’est doté vendredi d’un nouveau gouvernement de 36 membres, censé aider le pays à sortir de sa grave crise politique, a annoncé l’agence officielle Saba. Ce nouveau gouvernement a été rejeté samedi par les rebelles chiites et le parti de l’ex-président Ali Abdallah Saleh.

La formation du nouveau cabinet (prévu par l’accord de paix conclu le 21 septembre, le jour de la prise de Sanaa par la rébellion chiite) a pris du retard en raison des tiraillements entre ces insurgés et ses rivaux politiques.

Photo de Khaled Abdullah pour Reuters : Un garçon passe devant un véhicule militaire, le 20 octobre 2014, à Sanaa, la capitale du Yémen.

Dans le nouveau gouvernement, qui compte quatre femmes dont l’une s’est vue attribuer le ministère de l’Information et une autre la Culture, quatre membres du cabinet sortant ont été reconduits dans leurs fonctions et trois autres ont changé de portefeuille.

En revanche, un diplomate de carrière, Abdallah al-Saïdi, a été nommé ministre des Affaires étrangères, alors que le nouveau ministre de la Défense, le général Mahmoud al-Soubaïhi, était jusqu’à sa nomination commandant de la 4e région militaire, et celui de l’Intérieur, le général Jalal al-Rouichène, était chef de la police politique.

La formation du nouveau cabinet a pris du retard en raison des tiraillements entre la rébellion chiite et ses rivaux politiques.

Mais le 1er novembre, les principales formations politiques ont signé un nouvel accord, parrainé par l’émissaire de l’ONU pour le Yémen Jamal Benomar, pour la formation d’un gouvernement de technocrates.

En vertu de cet accord, des représentants d’Ansaruallah et de leurs rivaux, dont le parti islamiste sunnite Al-Islah, ont « mandaté le président Abd Rabbo Mansour Hadi et le Premier ministre Khaled Bahah pour former un gouvernement de compétences« , qu’ils se sont « engagés à soutenir« .

« C’est un compromis convenu pour surmonter la question du partage des portefeuilles ministériels entre les différentes formations politiques« , à l’origine du blocage politique dans le pays, avait déclaré à l’AFP l’un des signataires, Abdel Aziz Jubari, secrétaire général de la Justice et de la construction (libéral).

Au lendemain de ce nouvel accord, l’émissaire de l’ONU avait averti, dans un entretien à l’AFP, que faute de la mise en place rapide d’un gouvernement, les tensions entre chiites et sunnites risquaient d’augmenter et le pays de s’enfoncer davantage dans la crise.

A l’exception de la nomination le 13 octobre de M. Bahah pour former un gouvernement, l’accord du 21 septembre est resté lettre morte. Il prévoit notamment le retrait des milices armées d’Ansaruallah de Sanaa et des autres provinces.

Mais les rebelles chiites affirment remplir le vide laissé par les forces de sécurité et aider à lutter contre le réseau – si réseau il y a – « d’Al-Qaïda », bien implanté au Yémen.

Ansaruallah, qui a profité de l’affaiblissement du pouvoir central à Sanaa et de l’instabilité chronique dans le pays depuis le soulèvement de 2011 contre l’ancien président Ali Abdallah Saleh, a fait monter la pression sur M. Hadi en organisant le 31 octobre un rassemblement tribal à Sanaa.

Lors de ce rassemblement, un chef tribal de la rébellion chiite a prévenu M. Hadi qu’il devait former un nouveau gouvernement dans les dix jours, faute de quoi « un Conseil de salut national » serait mis en place.

L’annonce du nouveau cabinet a été faite quelques heures après une manifestation organisée à Sanaa par des milliers de rebelles chiites et partisans d’Ali Abdallah Saleh contre de possibles sanctions de l’ONU envers l’ancien homme fort du pays.

L’ex-président est vu comme le principal soutien des rebelles chiites qui se sont emparés de la capitale Sanaa et d’autres zones du pays depuis septembre.

Un émir « d’Al-Qaïda » tué dans le sud du Yémen

Un important chef « d’Al-Qaïda » dans le sud du Yémen, Turki al-Assiri, a été tué par les forces de sécurité qui le traquaient dans la province de Lahj, où le réseau extrémiste est actif, a rapporté vendredi l’agence officielle Saba.

Un responsable des services de sécurité, cité par l’agence, a précisé que « Turki al-Assiri, alias Marwan al-Mekki, l’un des responsables d’Al-Qaïda et son émir à Lahj, a été abattu jeudi à Tuban », une région de la province de Lahj.

Turki al-Assiri, un Saoudien, a été tué « après avoir résisté aux forces de sécurité qui le traquaient, et l’un de ses compagnons, Mourad Saleh al-Sorouri, a été légèrement blessé, (arrêté) et incarcéré« , a ajouté le responsable.

Les branches yéménite et saoudienne d’Al-Qaïda ont fait fusion en 2009 pour créer Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), la branche du réseau jugée la plus dangereuse par les Etats-Unis.

La campagne que mènent les autorités yéménites avec l’aide les Etats-Unis, leur allié dans la lutte contre le terrorisme, cible de plus en plus les chefs d’Al-Qaïda, actif au Yémen et plus particulièrement dans le sud et le sud-est du pays.

Mercredi, un annonce « d’Al-Qaïda » avait confirmé la mort de deux de ses principaux commandants, Chawki al-Baadani et Nabil al-Dhahab, tués lundi soir dans des frappes de drone, probablement américain, dans la province de Baïda (centre), qui ont tué au total 20 membres du réseau selon des sources de sécurité.

Aqpa est sur la liste noire américaine des « organisations terroristes étrangères » et Washington vient d’offrir 45 millions de dollars de récompenses afin de retrouver huit dirigeants de ce groupe islamiste armé, dont son chef, le Yéménite Nasser al-Wahishi.

Photo ©DR : Les milices chiites ont tué un Marocain au Yémen.

Le 5 Novembre : Un franco-algérien et un franco-marocain victimes de la tension dans le pays

Un Algérien a été tué et un Français blessé par des tirs de miliciens chiites dans le sud de Sanaa, la capitale du Yémen, fait savoir une source de sécurité yéménite, mercredi 5 novembre. Les deux victimes seraient des étudiants désignés de « salafistes » résidant dans cette ville contrôlée par les combattants chiites, selon un diplomate occidental.« L’homme décédé serait soit Algérien soit Franco-Algérien« , a-t-il indiqué, ajoutant que des informations du ministère yéménite de l’Intérieur sont attendues.

Les deux hommes se trouvaient à bord d’un taxi lorsqu’ils ont été arrêtés à un barrage puis fouillés, avance une source de sécurité yéménite. Une altercation a ensuite éclaté : l’Algérien, soupçonné de porter des explosifs et vêtu d’habits traditionnels yéménites, aurait poignardé un milicien chiite avant d’être abattu, alors que son compagnon français a été blessé.

« Le Franco-Marocain est décédé a priori hier soir à l’hôpital« , a déclaré un diplomate à l’AFP. Les défunts avaient « entre 25 et 30 ans » et se trouvaient « depuis moins d’un an » au Yémen, a-t-il précisé.

Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Alger a identifié le Franco-Algérien comme étant Farid Hamou, natif de Metz (est de la France), où il a pratiquement toujours vécu. Les deux jeunes suivaient des cours de théologie au centre « El Fath » à Sanaa.

Les miliciens chiites les auraient pris pour « des membres d’Al-Qaïda« . Pour rappel, la rébellion chiite, dont le bastion se trouve à Saada (nord), a profité de l’instabilité chronique du Yémen depuis le soulèvement de 2011 contre l’ancien président Ali Abdallah Saleh pour entrer à Sanaa le 21 septembre.

Source : avec Afp, reuters, Agence Saba, Arab press Network, L’Orient le Jour