Yémen/Fin de la campagne aérienne : 944 morts, 3.487 blessés et le pays au bord du gouffre

La coalition arabe dirigée par l’Arabie saoudite a annoncé mardi la fin de sa campagne aérienne lancée il y a près d’un mois contre les rebelles chiites au Yémen, affirmant que les opérations entraient dans une phase politique.

L’Iran, accusé depuis le début par Ryad de soutenir militairement les rebelles ce qu’il dément, a salué cette annonce, estimant que c’était un « pas en avant » vers une résolution politique du conflit.

Dans le même temps, Washington a rapproché un porte-avions du Yémen et surveillait un convoi de navires iraniens soupçonnés de se diriger vers ce pays frontalier de l’Arabie saoudite, un déploiement qui permettrait aux Etats-Unis de « préserver les options« , selon un porte-parole du Pentagone.

A Ryad, le porte-parole de la coalition, le général Ahmed al-Assiri, n’a cependant pas exclu que la coalition puisse intervenir pour empêcher les mouvements des rebelles, soulignant en outre que le blocus maritime serait maintenu.

Il a annoncé la fin de l’opération « Tempête décisive », lancée le 26 mars, « à la demande du gouvernement et du président du Yémen« , Abd Rabbo Mansour Hadi, aujourd’hui réfugié en Arabie saoudite.

Devant l’avancée des rebelles vers Aden (sud), où il était réfugié, c’est M. Hadi qui avait réclamé l’intervention de Ryad.

La coalition a annoncé le début d’une nouvelle phase, baptisée « Restaurer l’espoir » et portant sur la reprise du processus politique au Yémen, la fourniture d’aides humanitaires et la « lutte contre le terrorisme » dans un pays où Al-Qaïda est très actif.

Selon le ministère saoudien de la Défense, les frappes aériennes sont parvenues « avec succès à éliminer les menaces pesant sur la sécurité de l’Arabie saoudite et des pays voisins« .

Le ministère fait état de la « destruction d’armes lourdes et de missiles balistiques qui avaient été saisis par la milice Houthi et les forces de (l’ancien président) Ali Abdallah Saleh dans des bases et camps de l’armée« .

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Partis de leur bastion dans le nord du Yémen, ces rebelles n’auraient jamais pu avancer autant dans le pays –au centre, à l’ouest et au sud– sans le soutien d’unités militaires restées fidèles à M. Saleh (au pouvoir de 1978 à 2012), rappellent des experts.

Or, dimanche, son parti a donné l’impression de commencer à prendre ses distances avec les Houthis, déclarant accueillir « positivement » la résolution adoptée le 14 avril par le Conseil de sécurité de l’ONU qui impose un embargo sur les armes pour les rebelles et les somme de se retirer des zones conquises ces derniers mois.

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Une source diplomatique occidentale réclamant l’anonymat a estimé que les objectifs de la campagne aérienne avaient été atteints mais « pas l’objectif politique« . « Les Houthis sont toujours là où ils étaient avant« , a-t-elle dit à l’AFP.

Anwar Eshki, président du Centre for Strategic and Legal Studies, à Jeddah, s’attend pour sa part à un retour bientôt au Yémen du président Hadi.

« Je crois que l’Iran a changé d’avis« , il ne va plus s’ingérer dans les affaires du Yémen, a affirmé ce général à la retraite fin connaisseur du dossier yéménite. « Les Houthis iront dialoguer avec le gouvernement« , assure-t-il.

Carte du Golfe, avec les mouvements de navires militaires américains et iraniens et bilan des frappes au Yémen – JM. Cornu/S.Ramis

Bilan des hostilités ont fait 944 morts et 3.487 blessés…

L’annonce de la fin de la campagne aérienne intervient alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en garde contre un effondrement imminent des systèmes de santé et de soins au Yémen. Ces systèmes sont « en train de se battre pour fonctionner, alors qu’ils font face à des pénuries de plus en plus grandes de médicaments qui sauvent des vies (…), à des interruptions fréquentes des générateurs » et au manque d’électricité, selon elle.

L’OMS a fait état mardi d’un bilan de 944 morts et 3.487 blessés -civils et militaires- au Yémen entre le 19 mars et le 17 avril, selon un bilan au 17 avril publié mardi à Genève par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

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Les frappes de la coalition se sont poursuivies mardi, les plus violentes visant les alentours de la ville de Dhaleh (sud).

Selon le secrétaire général de la province éponyme, Ahmed Mouthanna, les raids ainsi que les combats entre rebelles et forces favorables au président Hadi ont fait 23 morts.

Dans la province de Chabwa (sud), les raids aériens et les affrontements ont tué 29 combattants des deux camps, selon des sources tribales.

A Aden (sud), des combats entre pro-Hadi et rebelles ont fait 21 morts dont 13 civils, selon des sources médicales et militaires.

Dans la capitale Sanaa, les explosions spectaculaires provoquées lundi par deux raids de la coalition contre un dépôt de missiles contrôlé par les rebelles ont fait 38 morts parmi les civils, selon un nouveau bilan établi mardi auprès de quatre hôpitaux qui font en outre état de 532 blessés.

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Dans un précédent bilan, annoncé vendredi dernier, l’OMS avait fait état de 767 morts et 2.906 blessés depuis le début des violences, le 19 mars dernier.

Comme elle l’avait déjà indiqué la semaine dernière, l’OMS a souligné mardi que le bilan réel est plus élevé car de nombreux corps ne sont pas transférés dans les centres médicaux.

Du fait du manque de carburant, le service des ambulanciers est également souvent interrompu.

Les coupures de courant et le manque de carburant menacent d’interrompre la chaîne de froid des vaccins, ce qui laissera des millions d’enfants âgés de moins de cinq ans sans être vaccinés. Cela augmente le risque de maladies contagieuses telles que la rougeole, ou la polio qui a été éradiquée mais qui peut désormais réapparaître, selon l’OMS.

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La pénurie d’eau potable entraîne aussi une hausse du risque de diarrhées et d’autres maladies.

« Au cours des quatre dernières semaines, les autorités nationales de surveillance des maladies ont signalé un doublement du nombre des diarrhées hémorragiques chez les enfants de moins de cinq ans, de même qu’une hausse des cas de rougeole et des cas suspects de malaria« , indique l’OMS.

Des taux élevés de malnutrition chez les femmes et les enfants de moins de cinq ans ont aussi été signalés, selon le Dr Ahmed Shadoul, représentant de l’OMS au Yémen.

Depuis le début des hostilités, il y a eu une baisse de 40% des consultations journalières dans les centres de santé, ce qui montre que de nombreuses personnes sont incapables de s’y rendre en raison des routes bloquées et des combats de rue.

Les patients et les ambulances ne peuvent circuler sans prendre de risque, selon le personnel de santé de l’OMS au Yémen.

D’après le ministère yéménite de la Santé publique et de la Population, la majorité des hôpitaux seront bientôt incapables d’assurer des soins et des interventions chirurgicales.

Source : avec Afp, reuters, Agence Saba, Agence Spa, la Croix Rouge, OMS, Russia Today, Unicef, l’Orient le Jour