Zheng He : Gloire musulmane de la Chine

D’après le Dr Mansour pour T.E.P.A le 29 Juillet 2014

Avant de prendre à corps le sujet de notre amiral et de la chine de son époque, revenons tout d’abord sur une polémique qui a commencé en 2002 ; avec la publication d’un livre « 1421 The Year China Discovered the World » de Gavin Menzies*, (en français le titre est différent : « L’année où la Chine a découvert L’Amérique », ce qui n’a guère la même portée :

Selon Gavin Menzies, après avoir découvert l’Amérique du Nord, la flotte conduite par un lieutenant de Zheng He aurait fait le tour du Groenland et serait revenue en Chine par la côte Nord de la Russie…

La thèse de Gavin Menzies est que les explorateurs européens avaient utilisé des cartographies, non seulement arabes, Perses et surtout chinoises du fait que ces dernières étaient plus récentes…

Beaucoup de cartographes et d’historiens de la marine, de la Chine et des Amériques contestent, et argumentent sur le fait que certaines cartes utilisés par Gavin Menzies n’étaient pas si anciennes que cela, et que certaines étaient erronées … Mais Gavin Menzies avait au préalable visité des ateliers de gravure cartographique afin de s’assurer de visu que les plaques étaient bien des originales…

Là où Gavin Menzies dit vrai, se trouve dans le fait que le continent américain n’était certainement pas aussi inconnu, et isolé, que ce que le culturo-centrisme occidental a bien voulu nous faire croire en propulsant un dénommé Colomb, dont le phonème présageait déjà de sinistres conséquences, au sommet d’une gloire vraisemblablement usurpée : de nombreux indices laissent supposer d’incessantes visites des deux Amériques par des marins, voire des peuples, depuis la plus haute antiquité. 

Les cachotteries et les rumeurs alarmistes colportées par les marins phéniciens (Xem et IXe siècle Av J.C.) sur l’océan qui s’étendait au-delà des Colonnes d’Hercule (l’actuel détroit de Gibraltar) étaient un voile de terreur jeté sur des routes commerciales bien gardées car ils ont laissé des signes de leurs passages à l’embouchure de l’Amazone sur des pierres gravées ; et que dire des traces de cocaïne trouvées dans les cheveux de momies royales égyptiennes ….

En partant de ce postula, Gavin Menzies expose une hypothèse vraisemblable et cela sur plusieurs points…

Gavin Menzies ancien commandant de sous-marin de la Royal Navy, érudit autodidacte. Site de l’auteur : http://www.gavinmenzies.net

La Chine du XIIem et XIVem siècle

Expansion de l’Empire Mongole de la Corée à l’Europe en passent par la Chine, la Russie et le Moyen Orient…( voir en fin d’article)


Zheng He de l’Enuque à l’Amiral

Zheng He (1371 – 1433) Chinois musulman, descendant de Persans (de l’ethnie des Hui/Huizu , dont nous avons déjà parler : voir nos articles Les hui/huizu : musulmans de Chine partie 1 et partie 2…), Il est le fils du gouverneur du Yunnan…

Il fut capturé lors de la chute de KunMing (province du Yunnan) par l’armée alliée aux Ming à l’âge de 10 ans (d’autres sources nous indiquent 13 ans , mais cela serait dû à une confusion avec l’année de sa mutilation, mentionnée dans les archives impériales), il fut castré en 1385 (il devait avoir 13 ou 14 ans) et envoyé comme eunuque au service du prince de YanZhu Di (1360-1424)futur empereur chinois Yong Le ( signifiant « Joie éternelle »).

Au fil des années, Zheng He, de par son comportement et sa loyauté, gagna d’abord la sympathie de Zhu Di (1328-1398) (a), puis sa confiance pleine et entière. Il put dès lors entamer une carrière militaire.

Lorsque l’empereur de Zheng He (le fondateur de la dynastie des Ming) mourut, Jianwen – un neveu de Zhu Di – monta sur le trône en 1398, et entama progressivement une politique de réduction de la puissance des grands princes, dont Zhu Di.

Ce dernier se rebella et entama une révolte armée contre son neveu empereur, dont il sortit victorieux après la chute de Nanjing (Nankin) en 1402. Jianwen ne fut jamais capturé ni retrouvé. Zhu Di s’autoproclama alors empereur car à l’origine, c’était lui – et non pas Jianwen – qui était l’héritier officiel de Hong Wu. Zhu di (1360-1424).

Durant la campagne militaire de 1399 à 1402, Zheng He pour sa part avait réussi à contenir les troupes de Jianwen à Beiping, protégeant les réservoirs de la ville, attirant ainsi l’intérêt de Zhu Di. Zheng He est né en 1371 dans le Yunnan, une province chinoise du sud-ouest, très loin de la capitale de l’Empire chinois. Il est issu des Ming, le navigateur Zheng He a dirigé des flottes imposantes et est parvenu à effectuer, durant 29 ans, sept visites dans plus de trente pays asiatiques et africains. Cet exploit inégalé a servi à promouvoir l’amitié tout comme les échanges économiques, culturels et diplomatiques entre la Chine et ces pays.


Ce qui est des plus stupéfiants, c’est l’itinéraire suivi par cette flotte 7 fois en près de ces 3 décennies : il incluait entre autres les contrées le Champa (centre – Vietnam actuel) Brunéi, Java, la Thailande, le détroit de Malacca, l’Inde, Ceylan, la péninsule Arabique, le sultanat de Moscate, Aden, la Corne de l’Afrique, les Maldives, et la côte Est africaine. Et ce qui est plus surprenant encore, c’est que cette flotte gigantesque (la 1ère expédition de 1405 a réuni selon les sources plus de 200 bateaux dont une soixantaine de vaisseaux de plus de 127m de long et 50m de large, servis par près 20 000 (d’autres sources indiquent entre 25000 et 28000) marins et militaires, sans parler des dizaines d’ouvriers, de techniciens, de médecins) n’a servi à conquérir aucun pays.

Yong Le (1403-1424) confia l’organisation de ces voyages à l’un de ses fidèles, l’eunuque
Zheng He, dont la religion (il était musulman) et l’origine (la région de minorités du Yunnan) devaient favoriser les contacts avec les populations rencontrées.

On dénombre sept expéditions maritimes de Zheng He dans «L’Océan de l’Ouest» :

1). De 1405 à 1407 : Champâ, Java, Sumatra, Malaka, Ceylan, Calicut. A Sumatra Zheng He intervient dans un conflit entre la communauté chinoise et le pouvoir local.

2). De 1407 à 1409 : Calicut, Cochin, Ceylan. Zheng He fait dresser des stéles proclamant la vassalité de ces royaumes à l’égard de l’empire des Ming.

3). De 1409 à 1411 : Siam, Malaka, Ceylan. Interventions politiques à Malaka, militaire à Ceylan.

4). De 1413 à 1415 : Calicut et Ormuz. Une partie de la flotte relie Sumatra à l’Afrique orientale (région de Mogadiscio) soit 6000 km.

5). De 1417 à 1419 : Ormuz de nouveau. Une partie de la flotte accomplit le plus long périple de l’époque de Sumatra à la côte des Somalis et à l’Arabie.

6). De 1421 à 1422 : Sumatra, Afrique orientale et golfe persique.

7). De 1431 à 1433 (sous le règne de Xuande) (b) : Champâ, Java, Palembang, Malaka, côte de Malabar, Ormuz. Une partie de la flotte se rend à Djeddah.

 


         (Maquette d’une Boutre de l’amiral Zheng He / Musée de Dubaï)

Les ordres reçus par Zheng He étaient en effet simples : chercher surtout à faire du troc et/ou du commerce, impressionner les pays visités, et, de manière diplomatique, inciter doucement les pays les plus faibles à accepter de payer un tribut régulier à la Chine afin de reconnaître sa suzeraineté, but atteint dans certains cas par la seule apparition à l’horizon de ces innombrables bateaux gigantesques pour l’époque.

Imaginons simplement l’effroi des équipages des boutres de 15 m du Golfe Arabique rencontrant pour la première fois des vaisseaux de plus de 1500 tonnes à des dizaines d’exemplaires simultanément !

Cependant, la dernière expédition de Zheng He en 1433 marque la fin d’une époque. Dans la deuxième moitié du XVe siècle les tribus mongoles menacent la Chine du Nord, mobilisant tous les efforts des Chinois pour se défendre.

C’est qu’au XVIe siècle que les Européens commencent à s’aventurer en mer de Chine : les galions portugais abordent pour la première fois les côtes du Guangdong dans les années 1514-1516; les Espagnols sont signalés dans les mers de l’Asie orientale en 1543.

(a) de son nom personnel Zhu Yuanzhang , fut l’empereur fondateur de la dynastie Ming. Il régna en Chine de 1368 à 1398. Paysan dans la province de l’Anhui, il dut se faire moine pour échapper à la famine qui résulta de l’incapacité à régner de la dynastie tombante des Yuan.

Puis, à Gwongjau, il rejoint la secte du lotus blanc qui fomenta des troubles contre la dynastie régnante. Il en vint à combattre les Mongols de l’empereur Shundi.

C’était un excellent général et, scrupuleux, il interdit à ses hommes tout pillage, ce qui lui valut le soutien des populations qu’il conquit. Il eut également la sagesse d’éclipser la plupart des autres chefs rebelles. Puis, quand il arriva à Khanbalik (Pékin) avec ses troupes, les Mongols avaient déjà fui.L’année 1368 marqua la fin de la dynastie Yuan en Chine. Il se proclama empereur la même année. Il installa sa capitale à Nanjing.

(b) Xuande (Zhu Zhanji) (1426-1435) Zhu Zhanji est le fils aîné de l’Empereur Hongxi. Né en 1398, il meurt dans sa 10ème année de règne, en 1435.

A la tête d’une armée, il avait lutté contre l’ennemi dans divers coins de l’empire, ce qui lui permettait de bien connaître la condition du peuple.

Grâce aux empereurs précédents, l’état social et économique du pays avait été considérablement.

Pendant son règne, la situation politique va être stable, c’est d’ailleurs la période la plus stable de la dynastie Ming.

L’empereur Xuande était bon en littérature. Ses poésies et articles étaient unaniment reconnus. 

Comme il avait obtenu une excellente éducation militaire, il contribua à développer ce domaine.

Sources :

– P. Dabry de Tliiersant « Mahométisme en Chine » – 1878 (un nombre d’erreur s’’étant glisser dans ses 2 volumes / cela étant du aux sources utilisé par l’auteur)

– Buckley Ebrey Patricia, The Cambridge Illustrated History of China, Cambridge, The Cambridge UniversityPress, 1996.

– Buckley Ebrey Patricia (dir.), Chinese Civilisation, a Sourcebook, New York, The Free Press, 1993.

– T’oung-pao, « Le Mahométisme en Chine » 1908

– Élisabeth Allès, « Musulmans de Chine. Une anthropologie des Hui du Henan. Paris, EHESS, 2000. », Études rurales, 2001,

– Loewe Michael et Twitchett (Denis, The Cambridge History of China, vol. 1, The Ch’in and Han Empires

– (221 BC- AD 220), Cambridge, Cambridge University Press, 1986.

– C.Gladney “Muslim Chinese : Ethnic Nationalism in the People’s Republic”, Cambridge-London, Council on East Asian Studies, Harvard University Press, 1991